mardi 17 octobre 2017

Philippe Val: "le conflit israélo-palestinien, véritable trou noir journalistique"

Philippe Val:
"Mais le conflit israélo-palestinien, véritable trou noir journalistique, s'enracine dans une histoire qui remonte au XIXe siècle, marquée par l'affaire Dreyfus, élément déterminant de la réflexion de Theodor Herzl, le fondateur du sionisme.  Or, quel envoyé spécial, avec son oreillette et son micro à la mai,n filmé sur fond de bâtiment bombardé, sait qui était Amin al-Husseini?  Que sait-il du grand mufti de Jérusalem, prédécesseur d'Arafat et ami d'Hitler auquel il demanda de l'aide pour bâtir des camps d'extermination pour les Juifs du Moyen-Orient, vingt ans avant la création de l'Etat d'Israël?  Que sait-il de l'Empire ottoman, et des conséquences géopolitiques de la domination anglaise et française, de Lawrence d'Arabie?  Que savent-ils  du passé de cette région et du rôle qu'y tenait la France jusqu'à la conférence de presse de De Gaulle en 1967?  Comment peuvent-ils élaborer un commentaire géopolitique à peu près équitable, alors qu'au fond, ils ne veulent rien savoir qui pourrait contredire leur opinion toute faite? (...)

Ce journalisme bourgeois européen est la manifestation d'une peur honteuse. Il s'adresse à un public volatil, qui désire, dans les moments de crise, lire dans les journaux ce dont ils sont déjà convaincus.

Mais la véritable audience, le gros public du journalisme, celui à reconquérir, est à l'opposé. C'est un public cultivé, capable de se forger une opinion, non un citoyen qui sait, mais c'est un citoyen qui désire savoir."
Malaise dans l'inculture, Grasset (pp. 271-2), 2015

lundi 16 octobre 2017

Ivan Rioufol: L'envolée de l’antisémitisme est le résultat de l’aveuglement des professionnels de l’antiracisme

Ivan Rioufol, éditorialiste au Figaro:
"Cette envolée de l’antisémitisme est le résultat de l’aveuglement complaisant des professionnels de l’antiracisme. Leurs impostures se mesurent aux tensions communautaires qu’ils ont laissé croître. Pour avoir focalisé leurs critiques sur l’extrême droite, les donneurs de leçons n’ont jamais admis les dérives, racistes et haineuses, de certains de leurs protégés issus de l’immigration maghrébine et africaine. Pire: les belles âmes se sont souvent employées à rendre la France ou Israël responsables de tout, en excusant les violences anti-occidentales ou anti-juives. Jamais elles n’ont appelé manifester en masse après les tueries des Fofana, Mehra, Nemmouche, etc. Seul le carnage à Charlie Hebdo a fait prendre conscience aux Français, traumatisés, de la menace totalitaire."

dimanche 15 octobre 2017

François Bluche, historien, compare Israël à la Prusse de 1740


François Bluche, historien:
"Comme de nos jours, le jeune État d'Israël, la Prusse de 1740 est un pays petit, aux contours déchiquetés, dépourvu de frontières naturelles, beaucoup moins peuplé que la coalition de ses proches voisins. Elle est contrainte non seulement à la guerre mais à l'offensive par l'instinct même de la conservation de sa survie. Oublier cette réalité, pourtant banale, c'est s'exposer à porter sur la politique prussienne des jugements de valeur erronés et scandalisés bien à tort."
 Le Despotisme éclairé, Fayard Pluriel (p. 45), 1969

samedi 14 octobre 2017

Alexandre Kojève, penseur hégélien: "Les Juifs ont l'histoire la plus intéressante de tous les peuples"

Isaiah Berlin:
"Alexandre Kojève, le penseur hégélien, me dit un jour: "Les Juifs ont l'histoire la plus intéressante de tous les peuples.  Et pourtant ils veulent être une autre Albanie!  Comment le peuvent-ils?"

Je lui répondis: "Pour les Juifs, ressembler à l'Albanie constitue un progrès.  600.000 Juifs de Roumanie furent des victimes - des moutons conduits à l'abattoir - avant les nazis.  Ils tentèrent de fuir.  Mais 600.000 juifs de Palestine ne partirent pas parce que Rommel était à leur porte.  Voilà la différence. Ils considéraient la Palestine comme leur propre pays et s'ils devaient mourir, ils mourraient non pas seulement dans leur pays, mais pour leur pays"."
En toutes libertés, Entretiens avec Ramin Jahanbegloo, Editions du Félin, (p. 110), 1990


vendredi 13 octobre 2017

L'exode des juifs de banlieue qui "craignent désormais pour leur vie" (Alexandre Devecchio)

Alexandre Devecchio:
"Au-delà des concepts, on peut s'interroger sur le cynisme électoral d'un parti qui a fait ses meilleurs scores en banlieue. Comment expliquer la complaisance de La France insoumise pour les soutiens de Dieudonné qui ont envahi la mairie d'Évry au soir du second tour des législatives? Pire, lorsqu'il [Jean-Luc Mélenchon] invoque l'argument commode de "l'extrême droite israélienne" pour justifier son refus de siéger avec Valls, Mélenchon ne surfe-t-il pas en réalité sans scrupule sur l'antisionisme des territoires perdus de la République? Une haine d'Israël qui se confond de plus en plus souvent avec un antisémitisme assumé. Celui-là même qui provoque depuis des années l'exode des juifs de banlieue car ceux-ci, du meurtre d'Ilan Halimi à l'attentat de l'Hyper Cacher, craignent désormais pour leur vie."
Le Figaro (10 octobre 2017)

jeudi 12 octobre 2017

On ne dit plus 'judéo-ceci-cela' mais 'ceci-cela-sioniste' (Marc Crapez)

Marc Crapez:
"On ne dit plus judéo-ceci-cela (maçonnique, par exemple) mais ceci-cela-sioniste (américano-sioniste, notamment).    Or seul le mot péjoratif "fasciste" est semblablement accolé à d'autres, suggérant une activité sournoise, latente et vipérine.  Les associations sémantiques induisent dans les esprits l'idée d'une toute-puissance occulte.  Cette vision d'une mainmise pernicieuse, d'un lobby juif belliciste gouvernant le monde (Robert Wistrich), configure une propagande très articulée, où le procès à charge des Juifs est instruit avec le chef d'accusation de mal universel!"
Antagonismes français, Les Editions du cerf (p. 240)

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Ca peut même aller plus loin.  Par exemple un enseignant belge francophone, Pierre Piccinin, n'hésite pas à s'en prendre à la "mafia sioniste":
"Attaqué, une fois de plus, lâchement, par la mafia sioniste, je n'ai pas peur.  Et un jour la peur changera de camp et ce sont eux qui en auront à rendre des comptes."

mercredi 11 octobre 2017

Marc Ferro: Jérusalem "ce mythe de l'origine palestinienne"

Marc Ferro:
"Ce mythe de l'origine palestinienne secrète une fonction bien précise: enraciner l'Islam à Jérusalem en déclarant que là se trouve le berceau des trois religions: judaïsme, christianisme, islam - alors que l'Islam est né en Arabie, à la Mecque et à Médine, et que Jérusalem n'est même pas mentionnée dans le Coran. Ce mythe a ainsi pour fonction d'opposer, en ce qui concerna la Palestine, une autre légitimité à celle du christianisme et à celle d'Israël."
Le Choc de l'Islam, XVIIIe-XXIe siècle, Odile Jacob